Pourquoi se protéger du soleil ?
- Le
soleil émet des rayons ultraviolets (UV), qui sont invisibles mais à
l'origine de mutations génétiques dans les cellules de la peau (ADN des
noyaux).
- Ces
mutations sont réparées lorsque l'on est jeune, mais les systèmes de
réparation de l'ADN s'épuisent avec le temps et les expositions solaires :
c'est la notion de capital solaire.
- Une
personne à la peau blanche a un capital solaire très réduit, tandis qu'une
personne à la peau foncée a un capital solaire plus important.
- Lorsque
le capital solaire est épuisé, des lésions pré-cancéreuses se développent
(kératoses
actiniques), mais également de véritables carcinomes (basocellulaire, épidermoïde).
- Les
UVA et UVB augmentent également le risque de mélanome, le
cancer du grain de beauté.
- Finalement,
ils jouent un rôle important dans le vieillissement cutané : rides,
tâches, perte d'élasticité etc. : une bonne raison de se protéger !
- Les
rayons UV rebondissent sur le sol, de manière plus ou moins importante
selon le type de revêtement, et sont capables de traverser les nuages.
- Voir
aussi la vidéo "effets du soleil sur la peau", dermato Drey,
ainsi que les infos détaillées ci-dessous sur le "risque solaire
UV"
Comment se protéger du soleil ?
- La
première mesure est de rechercher l'ombre, et éviter les "heures
chaudes" correspondant au pic UV, entre 10h et 16h.
- Ne
pas chercher à bronzer : le bronzage est une réaction de défense de la
peau contre l'agression extérieure des UV : le capital solaire s'épuise
petit à petit.
- Eviter
absolument les coups de soleil (zéro soleil chez les enfants de moins de 3
ans) : il s'agit d'une brûlure de la peau, cancérigène.
- L'activité
physique (bouger, marcher, jardiner) ne protège pas des UV : que l'on soit
à la plage ou en randonnée, ce sont les mêmes rayons.
- Attention
aux situations trompeuses : vent frais, couverture nuageuse faible, sol
réfléchissant (neige, sable, eau), altitude.
- Ne
pas s'exposer après l'application de produits parfumés ou lors de la prise
de certains médicaments photosensibilisants (demander conseil à son
médecin ou à son pharmacien).
- La
meilleure protection reste toujours vestimentaire : un chapeau large
permettant de couvrir les oreilles et la nuque, des manches longues et
larges en cas de chaleur, un pantalon léger. Privilégier les tissus épais,
foncés, et à tissage serré (par ordre décroissant : laine, jean,
polyester, soie, coton épais, lin, viscose). Il existe également des
vêtements "anti-UV", au tissage serré et traitement chimique
permettant d'offrir une protection équivalente à un SPF 40 ou 50 (mais à
prix élevé).
- Les
gants de protection ou manchettes anti-UV peuvent être conseillées pour
les randonneurs, cyclistes, personnes qui conduisent beaucoup, jardinent
etc.
- Pour
la baignade : préférer un lycra manches longues et pantalon de baignade
plutôt qu'un bikini.
- Des
lunettes de soleil permettent une protection oculaire, puisque les yeux
sont également sensibles aux UV.
- Enfin,
en complément seulement, les crèmes solaires permettent de filtrer les UV
(cf ci-dessous) et réduire l'apparition des cancers cutanés : choisir un
SPF le plus élevé possible (50), appliquer la crème en forte quantité (1
cuillère à café de crème solaire pour couvrir la surface équivalente d’un
visage, 2 cuillères à soupe pour tout le corps), et en remettre toutes les
2 heures (ou toutes les heures en cas de séjour en montagne ou en mer). A
remettre également après une baignade ou activité physique.
Comment regarder sa peau et à quoi faire attention ?
- Plusieurs
campagnes de photoprotection et dépistage mettent des outils à la
disposition du grand public :
Risque solaire ultraviolet (UV)
- Pas
de lien entre risque UV et chaleur ou température (Infrarouges).
- Risque
prédominant de mars à octobre en France métropolitaine (Indice UV
supérieur à 3).
- Ombre
: apporte 50-90% de protection, Nuages bas : aucune protection, Nuages
type Cirrus : amplifient les UV, vent : aucune
protection.
- Eviter
de s'exposer pendant les "heures chaudes" (12-16h, pic UV), pas
d'exposition chez les enfants de moins de 3 ans.
- SPF
(Sun Protection Factor), facteur de protection solaire : mesure le degré
de protection contre les UVB qu’apporte un produit appliqué de façon
homogène et généreuse sur la peau. Ne mesure pas la protection contre les
UVA.
- SPF
: correspond au rapport entre la dose érythémale minimale (DEM) sur une
zone de peau recouverte de crème solaire, et la DEM sur une zone de peau
non protégée. Correspond au rapport entre la dose d’UV nécessaire pour
obtenir un coup de soleil avec et sans crème solaire (application
recommandée de crème à une densité de 2mg/cm² de peau).
- L’indice
SPF permet donc d’augmenter le temps d’exposition aux UV, sans coup de
soleil (ex : si application crème SPF 15 sur peau habituellement brûlée en
10 minutes, augmentation du temps sans coup de soleil de 15 x 10 min soit
150 minutes, 2h30).
- UVB
(impact sur peau claire / coups de soleil) : SPF 15 : 93% des UVB sont
filtrés, SPF 30 : 96% des UVB filtrés, SPF 50 : 98% des UVB filtrés, et
SPF 50+ : 99% des UVB filtrés.
- UVA
(impact sur tout type de peau) : dans tous les protecteurs (UVA protection
factor à demander au laboratoire), le plus souvent responsables des
phototoxicités médicamenteuses, risque de pigmentation. Responsables
également du photovieillissement. Traversent les vitres.
- UVA
et UVB augmentent le risque de mélanome.
- Lumière
visible (impacte plus la peau mate) : risque pigmentations (longueurs
d'ondes les plus énergétiques : bleu / violet), seuls les filtres teintés
sont efficaces
- Quantité
: 1 cuillère à café de crème solaire pour couvrir la surface équivalente
d’un visage, 2 cuillères à soupe pour tout le corps.
Ingrédients des crèmes solaires
- Filtres
« chimiques » ou organiques : chromophores qui absorbent l’énergie des UV
ensuite dissipée en tant que chaleur.
- Filtres
« physiques » ou « minéraux » ou inorganiques (oxyde de Zinc et dioxyde de
titanium, dépôts blanchâtres sur la peau après application) : absorbent
l’énergie des UV et de manière minime la dispersent et la réfléchisse.
Meilleure protection en cas de combinaison des deux produits plutôt qu’un
ou l’autre seul.
Ingrédients additifs :
- oxydes
de fer : pigmentation et augmentation de la protection contre la lumière
visible (rôle dans les troubles pigmentaires),
- antioxydants
(vitamine E, vitamine C, licochalcone A, diethylhexyl syringylidene
malonate) : rôle dans la lutte contre le stress oxydatif, apportent plus
de protection anti-UV comparativement aux produits ne contenant pas
d’anti-oxydants.
Efficacité des crèmes solaires
- Des
études récentes en vie-réelle suggèrent que les crèmes solaires à plus
haut SPF protègent plus efficacement des coups de soleil.
- Attention
: une étude randomisée a montré que les crèmes solaires SPF 30 et 50+
apportaient en fait un SPF de 9 et 14 respectivement, appliquées à une
densité de 0,5 mg/cm², densité reflétant de manière plus fidèle
l’application réelle des utilisateurs (3 à 4 fois moins de quantité de
crème qu’utilisée dans les études pour déterminer le SPF).
- Efficacité
optimale si indice de protection supérieur à 50, avec facteur UVA au moins
égal au tiers de l'indice SPF (vérifier présence du logo UVA).
- De
multiples essais randomisés contrôlés ont démontré que l’utilisation
quotidienne de crème solaire protège contre les carcinomes cutanés, de
manière plus évidente pour les carcinomes épidermoïdes (et kératoses
actiniques, lésions pré-cancéreuses). Dans une étude randomisée de 1621
participants : réduction de 40% de carcinomes épidermoïdes après 4,5 ans
d’utilisation quotidienne de crème solaire, mais pas de réduction
significative de l’incidence des carcinomes basocellulaires.
- L’impact
des crèmes solaires sur le développement du mélanome et sa protection est
moins bien compris.
- Les
crèmes solaires pigmentées protègent également de la lumière visible et
sont ainsi bénéfiques dans les troubles pigmentaires.
- Les
UVA jouent un rôle notable dans le photovieillissement et les crèmes
solaires ayant une protection contre les UVA longs ont montré une
meilleure protection contre les dommages photoinduits liés à l’âge.
- La
lumière visible est associée à une pigmentation immédiate et persistante,
pigmentation retardée, érythème, dommages thermiques et production de
radicaux libres. Elle joue un rôle important dans les désordres
pigmentaires.
Sécurité des crèmes solaires sur la santé humaine
- Les
seuls effets indésirables établis sont les dermatites de contact (dermite
irritative plus souvent qu’allergique ou photoallergique, le plus souvent
avec réactions à l’oxybenzone, benzophénone, avobenzone,
DL-alpha-tocopherol (vitamine E), et fragrance mix 1) et la coloration des
vêtements,
- Absorption
systémique des filtres UV organiques (chimiques) en utilisation de
routine, mais pas de preuve d’effet négatif sur la santé humaine à ce jour
(noter que dans les études chez l’animal les filtres organiques pourraient
être associés à des toxicités endocriniennes, reproductives ou
neurologiques, mais d’extrapolation insensée chez l’homme).
- Une
revue systématique des effets de l’oxybenzone et octinoxate sur la santé
humaine n’ont pas montré de preuves suffisantes pour soutenir un lien de
causalité avec des troubles de la fertilité, du développement fœtal ou
adiposité pédiatrique.
- Les
filtres inorganiques (physiques, oxyde de Zinc et dioxyde de titanium) ne
semblent pas être absorbés de manière systémique, incluant lorsqu’ils sont
sous forme de nanoparticules.
- Pas
de mise en évidence d’une association causale entre l’utilisation de crème
solaire de manière régulière et une hypovitaminose D (à l’exception des
patients souffrant de troubles photosensibles et pratiquant une
photoprotection stricte) ou alopécie frontale fibrosante
- Noter
la détection de benzène en 2021 dans certaines crèmes solaires, au-delà
des seuils max autorisés et à l’origine de rappels de produits.
Sécurité des crèmes solaires sur l’environnement
- Données
limitées et conclusions difficiles à tirer.
- En
conditions expérimentales, il semblerait que les filtres organiques (oxybenzone
notamment) puissent avoir une toxicité concentration-dépendante ainsi que
phototoxicité sur les larves de corail (des études de plus forte puissance
sont nécessaire).
- Plusieurs
états ont ainsi proposé une législation visant à interdire la vente de
crèmes solaires contenant de l’oxybenzone et octinoxate (Hawaii, Floride,
US virgin island, Key west…).
- Risque
moindre avec les filtres inorganiques (concentrations aquatiques très
faibles, et sédimentation plutôt que persistance à la surface de l’eau).
- Le
facteur principal responsable du blanchiment du corail reste le changement
climatique.
- Mais
effet potentialisateur d’une exposition coralienne chronique à
l’oxybenzone à concentrations suffisantes et à des températures élevées :
mime les effets du réchauffement climatique (étude de 2020).
- Attention
aux crèmes solaires « respectueuses du corail » : label non standardisé,
la moitié des produits testés dans une étude a montré qu’elles ne
respectaient pas les critères de la National Oceanic and Atmospheric
Administration.
Conseils au patient quant à l’utilisation des crèmes solaires
- Rappeler
la forte mise en évidence d’une réduction des cancers cutanés et signes de
photovieillissement avec l’utilisation adaptée de protecteurs solaires.
- Conseiller
une crème solaire de plus haut SPF possible (minimum SPF 30, au mieux SPF
50, avec logo UVA), résistante à l’eau.
- Contenant
si possible des anti-oxydants, et ayant une protection anti-UVA associée
(large spectre).
- Teintée
ou permettant une protection contre la lumière visible en cas de troubles
pigmentaires.
- A
appliquer en quantité importante (2mg/cm² soit environ une cuillère à café
pour la surface d’un visage).
- Appliquer
la crème solaire 15 minutes avant l’exposition solaire.
- Ré-appliquer
la crème solaire toutes les 2 heures (toutes les heures en cas d’activité
aquatique ou en montagne), et remettre de la crème précocement en cas de
baignade ou transpiration.
- Bien
entendu, rechercher l’ombre, éviter les expositions entre 10 et 16h,
préférer une protection vestimentaire, chapeau et lunettes de soleil.
- Pour
les patients soucieux des effets indésirables des crèmes solaires :
conseiller plutôt un filtre physique inorganique (oxyde de Zinc ou dioxyde
de Titanium), les impacts environnementaux ou sur la santé humaine
semblant moindres.
Populations particulières
Personnes à haut risque de récidive :
- Préférer
les dispositifs médicaux offrant une protection solaire supérieure à la
norme européenne, par ex 100 en vraie vie (Anthélios KA, Sunsimed, SVR AK
Secure etc.)
- Garder
à l'esprit l'impact environnemental potientiellement important de ces
dispositifs médicaux : nanoparticules, oxybenzone et octinoxat en quantité
plus importante.
- Intégrer
l'application d'écran solaire dans la routine quotidienne, notamment sur
les petites zones régulièrement surexposées (nez, oreilles, dos des mains
etc.)
- Le
nicotinamide (vitamine PP) a également prouvé son rôle dans la prévention
des cancers cutanés non mélanocytaires, notamment le carcinome
épidermoïde. Sa prise à la dose de 500mg 2 fois par jour réduirait
l'incidence du carcinome épidermoïde de 23% chez les patients à haut
risque. Médicament non remboursé, environ 30 euros par mois.
Enfants :
- Intégrer
la protection vestimentaire et application de crème solaire dans la
routine quotidienne de photoprotection.
- Pour
les enfants de moins de 6 mois : éviction complète.
- Préférer
les produits de protection solaire spécifiques aux enfants (moins
irritants).
Peaux pigmentées :
- Préférer
une crème solaire large spectre et teintée afin de protéger des UV mais
également de la lumière visible.
Non au dépistage systématique !
(voir également la fiche à télécharger en bas de page)
L'article Cutaneous melanoma de Long GV et al.
(Melanoma Institute Australia, Sydney, NSW, Australia), publié dans The Lancet
en 2023, examine en détail le mélanome cutané, une forme agressive de cancer de la peau.
Les auteurs abordent notamment la question du dépistage systématique de la
population générale et son impact sur la mortalité associée au mélanome.
- Le
dépistage systématique du mélanome dans la population générale n'entraîne
pas une réduction significative de la mortalité.
- Par
exemple, une analyse du programme de dépistage allemand, mis en place en
2008, n'a montré aucun bénéfice notable en termes de diminution des
hospitalisations, des décès ou des arrêts de travail liés aux cancers
cutanés après sept ans de suivi. Les auteurs estiment qu'il serait
nécessaire de dépister 34 000 individus pour prévenir un seul décès dû au
mélanome, en supposant une réduction de 50 % du risque de mortalité grâce
au dépistage.
- Une
méta-analyse Cochrane de 2019 a conclu que les données actuelles ne
permettent ni de soutenir ni de réfuter l'efficacité du dépistage du
mélanome chez les adultes, en raison de l'absence d'essais contrôlés
randomisés évaluant son impact sur la mortalité.
- Le
dépistage systématique peut conduire à un surdiagnostic (excès de
diagnostics), c'est-à-dire la détection de mélanomes qui n'auraient pas
évolué vers des formes cliniquement significatives. Des études suggèrent
que jusqu'à 50 % des mélanomes diagnostiqués pourraient relever du
surdiagnostic, entraînant des traitements inutiles et une anxiété accrue
pour les patients.
Compte tenu de ces éléments, les auteurs de l'article
suggèrent que le dépistage systématique du mélanome dans la population générale
n'est pas justifié. Ils préconisent plutôt un dépistage ciblé chez les
individus présentant des facteurs de risque spécifiques, tels que des
antécédents familiaux de mélanome ou la présence de nombreux nævus atypiques.
Cette approche permettrait de concentrer les ressources médicales sur les
populations les plus à risque, tout en minimisant les inconvénients liés au
surdiagnostic et aux traitements inutiles.
Sources
C. Derancourt, Photoprotection dans la prise en charge
des carcinomes épidermoïdes cutanés, DermatoMag, mars 2025
S. Abdel, Sunscreens Part 1 : Mechanisms and Efficacy,
Journal of the American Academy of Dermatology, feb 2024
S. Abdel, Sunscreens Part 2 : Regulation and Safety,
Mechanisms and Efficacy, Journal of the American Academy of Dermatology, feb
2024
Ammouche M., Cancers cutanés : pas de dépistage
systématique pour le CNGE, Egora, 2024
Long GV et al., Cutaneous melanoma, The Lancet, 2023
Nobile C., Dépistage des cancers cutanés : les MG peuvent
prendre la main !, La Revue du Praticien, 2019
Johansson M et al., Dépistage du mélanome malin, Revue
Cochrane 2019